-uche


-uche

⇒-UCHE, suff.
I. — Suffixe formateur de qq. subst. fém. à valeur dimin. et parfois péj. dont la base est un subst. V. capuche, greluche (rem. s.v. greluchon), guenuche, perruche.
II. — Suffixe formateur de subst. et plus rarement d'adj. appartenant à la lang. arg. et pop., à valeur parfois dépréc.
A. — [Le dér. est un subst.]
1. [La base est un subst.] V. paluche et aussi:
balluche, subst. masc. Ballot, imbécile. Quel balluche! (ROB. Suppl. 1970). Empl. adj. Elle est un peu balluche (ROB. Suppl. 1970).
bancuche (banc-, de banque2), subst. masc. Caisse. Synon. banco (v. ce mot II B 2). Faire le bancuche. Voler la caisse. J'ai fait le bancuche de cette étude, il y a un marquet. J'ai volé la caisse de ce magasin, il y a un mois (LACASSAGNE, Arg. « milieu », 1928, p. 14).
car(r)uche(caruche, carruche) (car(r)-, de car(r)e (dér. 2 s.v. carrer)), subst. fém. Cachot, prison. Le ministre de la guerre a écrit à M. le préfet [de police] que c'était une honte que ce grivier de narquois (soldat déserteur) ne soit point encore cartonné en caruche (arrêté et mis en prison) (RABAN, MARCO SAINT-HILAIRE, Mém. forçat, t. 2, 1828-29, p. 152). Comte de (la) car(r)uche. ,,Geôlier`` (VIDOCQ, Voleurs, t. 1, 1836, p. 86).
contrebuche, subst. fém. Contrebande. La taupe (...), la contrebuche et puis ça [voler], vois-tu[,] cogne (...) voilà ce qui t'emmerde (...) Mendier (...) faire la contrebande et voler, voilà notre vie, gendarme (NOUGUIER, Notes Dict. Delesalle, 1900, p. 76).
dabuche (dab-, de dab(e)), subst. 1. Subst. Synon. dab(e), daron. a) Patron, patronne. Daronne ou Dabuche, Maîtresse d'une maison où l'on reçoit les voleurs (RABAN, MARCO SAINT-HILAIRE, op. cit., t. 4, 1828-29, p. 315). En partic., au masc. Préfet de police (d'apr. Dict. arg., 1847, p. 227). b) Parent (père ou mère). Pauv' dabuche! (...) pour élever les momignards, elle avait pas le chic! (MÉTÉNIER, Lutte pour amour, 1891, p. 120). En compos. Birbe-dabuche. V. birbe1. 2. Subst. fém. Maîtresse d'un souteneur. Synon. ménesse. Vous savez, la petite Coco? C'est celle qu'était ma dabuche, ma vraie! (MÉTÉNIER, Lutte pour amour, 1891, p. 122).
galuche, subst. masc. Galon (d'un militaire). As-tu vu le capiston, ce qu'il en a de la [sic] galuche (VIRMAITRE, Dict. arg. fin-de-s., Suppl., 1899, p. 110).
galuche (gal-, de gauloise (s.v. gaulois D 2)), subst. fém. Cigarette gauloise. J'en veux pas de tes pipes de pédale, je fume que la galuche (Pt Simonin ill., 1957, p. 145).
méduche, subst. fém. Médaille. Les poches bourrées de méduches — médailles de piétéen provenance de la rue du Temple, il [le jeune camelot parisien] ira les proposer aux fidèles du Sacré-Cœur (L'Œuvre, 26 janv. 1937, p. 2, col. 1).
pourbuche, subst. masc. Pourboire. S'accrocher le pourbuche. ,,Ne pas recevoir de gratification`` (CHAUTARD Vie étrange Argot 1931, p. 426).
Rem. -uche entre aussi dans le topon. Pantruche, subst. masc. ,,Paris`` (CELLARD-REY 1980). ,,À partir du son initial de Paris, avec influence de Pantin (...) et de pante ou pantre`` (CELLARD-REY 1980).
2. [La base est un verbe] V. matuche (rem. s.v. maton2).
3. [La base n'est pas identifiée]:
panuche, subst. fém. [Dans le vocab. de la prostitution] Femme à son aise. Mélie, la panuche [fille parvenue actuellement au boulevard Haussmann] (MÉTÉNIER, Lutte pour amour, 1891, p. 278). En partic. Prostituée emprisonnée qui bénéficie au cours de sa détention des largesses de sa maîtresse de maison. La panuche, à St-Lazare, est la fille de « maison » soignée par sa « maîtresse de maison » (ESNAULT, [Comment. (IGLF 1947) de Virmaitre, Dict. d'arg. fin-de-s., Suppl. (1899)], p. 205).
B. — [Le dér. est un adj.]
1. [La base est un adj.]:
nunuche (nun-, de nunu, adj. « sot(te), crédule, innocent(e) » (ds CELLARD-REY 1980)). Nigaud, godiche. C'est aux Billard (les neveux nunuche [sic] de Tatie Danielle) qu'elle s'identifie (Le Monde, 12 avr. 1990, p. 21, col. 2). Empl. subst. fém. Personne, en particulier jeune fille, jeune femme niaise et gauche. Une bouffonnerie mettant en scène un dadais en haut-de-forme menant une nunuche en grand tralala blanc: c'est ainsi qu'on traite aujourd'hui de la consécration nuptiale (L'Événement du Jeudi, 8-14 mars 1990, p. 60, col. 3).
2. [La base n'est pas identifiée (comme l'indique ESN. 1965)]:
muche. Excellent, parfait (d'apr. DELVAU 1866). Empl. subst. masc. [Dans le vocab. de la prostitution] Jeune homme trop poli, dont on ne peut se débarrasser (d'apr. DELVAU 1866).
Morphologie
A. — Var. suff.
1. Suff. second.: -uchon (-uche + -on1). V. bal(l)uchon, greluchon.
2. Formes élargies de -uche (supra II)
a) -luche. V. camarluche (rem. b s.v. camarade) et aussi:
camerluche, subst. masc. Var. de camarluche (rem. b s.v. camarade). Sans serrer la pince aux camerluches et sans trinquer avec eux à la santé du Peuple (La Petite lune, 1878-79, n° 13, p. 2). V. infra b magistratmuche ex.
campluche, subst. fém. Campagne. Floréal pomponne la campluche; tout y est à la joie: les fleurs font risette au soleil, qui maintenant a l'haleine tiède (Almanach du Père Peinard, 1894 ds FRANCE 1907).
b) -muche. V. trucmuche (dér. s.v. truc1) et aussi:
magistratmuche, magistrat'muche, subst. fém. Magistrature. [Le maquereau:] J'ai bien quéqu'part un camerluche Qu'est dab dans la magistrat'muche (RICHEPIN, Chans. gueux, 1881, p. 176).
pépèremuche, subst. masc. et adj. Synon. de pépère. Le dérivé parigot [de pépère] pépèremuche, 46e inf., 14-17 [et 20e Artill., 1915] (ESN. Poilu 1919, p. 401).
pianomuche, subst. masc. Piano. [Perrette, rêvant la richesse:] j'aurai (...) Un pianomuche et la radio (MARCUS, Quinze fables, 1947, p. 1).
télémuche, subst. masc. Téléphone. Le malheureux se traîna jusqu'à son téléphone, où il appela Police-Secours (...) [en argot:] l'pauv'e mec filocha jusqu'à son télémuche (MARCUS, Arg. tel qu'on le parle, 1947, p. 5).
Rem. -muche entre aussi dans qq. topon. p. ex. Ménilmuche < Ménilmontant (CARABELLI, [Lang. pop.], s.d.), Soissemuche < Soissons (STOLLÉ, Douze récits hist., 1947, p. 5), Toulmuche < Toulon (RIGAUD, Dict. jargon paris., 1878, p. 330).
B. — Suff. concurrents, sans valeur distinctive
1. -ette/-uche: palette/paluche.
2. -iche/-uche: angliche/angluche, capiche (région.)/capuche, gueniche (région.)/guenuche.
3. -ique/-uche (avec une base en largonji): lorceaumique/lorceaumuche « morceau » (LARCHEY, Dict. hist. arg., 2e Suppl., 1883, p. 179), loussemique/loussemuche « mousse » (ID., ibid., p. 180).
4. -louse/-luche: camplouse/campluche (supra morphol. A 2 a).
5. -o/-luche: camaro/camarluche (rem. b s.v. camarade).
6. -on/-uche: dabon (rem. 2 s.v. dab(e))/dabuche, maton2/matuche (rem. s.v. maton2).
7. -ot/-uche: dabot (Dict. arg., 1847, p. 227)/dabuche « préfet de police » (supra II A 1).
8. -phone/-uche: téléphone/télémuche (supra morphol. A 2 b).
9. -ure/-uche: magistrature/magistratmuche (supra morphol. A 2 b).
C. — Subst. à finale homogr.
1. issus du b. lat.: autruche, fanfreluche, huche, peluche.
2. issus de l'a. b. frq.: cruche.
3. issu de l'a. prov.: merluche.
4. d'orig. inc. ou obsc.: baudruche, coqueluche.
Vitalité. Le suff. -uche a été utilisé dès le XVIe s.: capuche (1507), et le XVIIe s.: guenuche (1608), angluche (1628) supplanté par angliche (1862), dabuche (1630 ds CELLARD-REY 1980), perruche (1698). Mais le suff. et ses formes élargies sont surtout productifs au XIXe s. (et partic. après 1870, cf. CELLARD-REY 1980, s.v. pantruche) et dans la 1re moit. du XXe s. dans la lang. arg. et pop.: galuche « galon » (1835, F. V. RASPAIL ds Le Réformateur, 20 sept., p. 2), pourbuche (1905 ds CHAUTARD Vie étrange Argot 1931), trucmuche (1914), matuche (vers 1926 ds CELLARD-REY 1980), méduche (1937, L'Œuvre, 26 janv.), paluche (1940). Sa présence dans un certain nombre de dér. en largonji, p. ex. le subst. masc. lacromuche, laquereaumuche « maquereau, souteneur » (1881, RIGAUD, Dict. arg. mod., p. 221 et en usage jusqu'en 1930 environ selon CELLARD-REY 1980) et l'adj. lagnifiquemuche « magnifique » (1883, LARCHEY, Dict. hist. arg., 2e Suppl., p. 169) ainsi que dans qq. topon. pop.: pantruche (1835, F. V. RASPAIL ds Le Réformateur, 5 août-25 oct., p. 2), toulmuche (1878, RIGAUD, Dict. jargon paris., p. 330), témoignent de sa vitalité dans le domaine du fr. non conventionnel. Dans la 2e moit. du XXe s. on le rencontre dans qq. créations d'aut. en partic. chez Marcus et Stollé (v. morphol. A 2 b télémuche, 1947). En dépit de la relative fréq. dans la lang. fam. de l'adj. nunuche, le suff. -uche semble être actuellement moins productif que d'autres suff. arg. et pop. (en partic. les suff. -oche, -os, -ouse/-ouze). Prononc. : []. Bbg. DARM. 1877, p. 91. — QUEM. DDL t. 37 (s.v. nunuche).

Encyclopédie Universelle. 2012.